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Pour un véritable changement

Les activités scolaires permettent-elles de concrétiser le concept « Notre humanité : une réalité partagée » et quelle est l’ampleur du changement que nous pouvons apporter dans le monde ? La communauté de l’IB donne son point de vue.


Chacun doit participer

Victoria casaAlors que je me demandais comment partager au mieux notre humanité, j’ai entendu ma fille de 4 ans, Zoe, chanter : « Clean up, clean up, everybody everywhere, clean up, clean up, do your share». La réponse m’avait été donnée à la maternelle.

La valeur fondamentale contenue dans cette chanson est partagée et défendue par tous les établissements scolaires du monde. Au cours de mes neuf années d’enseignement à l’étranger, j’ai vu croître l’importance de la conviction selon laquelle chacun doit participer. Beaucoup d’établissements, voire leur majorité, comptent désormais des heures consacrées au service dans leurs programmes. L’IB propose ainsi le programme CAS et l’aire d’interaction communauté et service, et des projets similaires existent dans d’autres établissements.

Bien que je comprenne les objectifs de ces initiatives et que j’approuve l’idée de former des citoyens du monde empathiques et altruistes, je trouve également ironique de devoir « forcer » les élèves à participer à des travaux d’intérêt communautaire. En janvier dernier, j’ai accompagné un groupe d’élèves de l’Academia Cotopaxi de Quito, en Équateur, à la Casa Victoria. Un projet de restauration vise à transformer cette demeure de 130 ans en centre communautaire. Pendant notre voyage, j’ai réfléchi à ce que nous faisions. Je me suis demandé s’il s’agissait d’une « charité artificielle ». Les élèves qui renoncent à un jour de cours – plutôt qu’à un jour de congé disons – donnent-ils vraiment de leur temps ?

Il s’agit de travailler pour autrui, de travailler ensemble pour améliorer les choses. 

J’ai demandé à Bill Swenson, bénévole et trésorier du projet, en quoi les groupes scolaires pouvaient contribuer au projet. Il m’a répondu : « Ils nous apportent 120 heures de travail en une seule journée, soit l’équivalent de 15 jours de travail pour nous. » Alors peut-être que le partage, c’est le partage, peu importe qui donne de son temps. Je peux constater de mes propres yeux que le projet Casa Victoria a bien avancé. Cette vieille conviction défendue à la maternelle selon laquelle « Chacun doit participer » sert véritablement la communauté.

L’Academia Cotopaxi dispose d’un programme efficace pour que les élèves apprennent le service. Outre les visites de centres de service communautaire, l’établissement organise chaque année un projet d’Habitat pour l’humanité à Tosagua, en Équateur. Cela profite aux personnes « nécessiteuses », mais aussi à celles qui sont privilégiées et qui ont besoin d’apprendre à partager. Je crois que pour apprendre à partager, il n’y a rien de plus inspirant que de passer à l’action et de voir ses résultats concrets.

Comme l’a expliqué l’un de nos élèves du cycle supérieur lors de notre visite mémorable à la Casa Victoria : « Il s’agit de travailler pour autrui, de travailler ensemble pour améliorer les choses. »


Le plein air

Snow cavePendant 20 ans, j’ai accompagné des élèves de l’IB lors de voyages sportifs en plein air, qu’il s’agisse de randonnée pédestre, de kayak, d’escalade ou de ski. Cette expérience m’a montré que des cadres stimulants en extérieur permettent véritablement d’appréhender l’humanité comme une réalité partagée. On peut poser pour principe que la coopération est une nécessité pragmatique et que les individus ne peuvent tout simplement pas fonctionner de façon indépendante. Ceux qui peinent ont besoin d’aide et, lorsque les conditions sont peu plaisantes, l’inconfort est partagé. Nous apprenons que nous pouvons tous être ingénieux à des moments différents.

Grâce aux activités en plein air, nous pouvons nous mettre à la disposition des autres et partager plus volontiers et plus naturellement nos ressources que dans nos activités quotidiennes, car elles nous incitent à le faire. Les défis offrent des occasions de comprendre à quel point nous sommes semblables et de faire abstraction de nos différences, qu’elles soient linguistiques, liées au genre ou à notre appartenance nationale, raciale ou ethnique. Aucun argument, même le plus astucieux, ne pourra traduire ou renforcer le sentiment de notre similarité avec autant de force qu’une main tendue à quelqu’un. Dans de tels contextes, les distinctions faites entre les catégories, qui nous divisent en nous faisant prendre conscience de nos différences, s’affaiblissent pour faire place à ce qui est réellement important.

J’ai récemment accompagné des élèves lors d’une expédition « neige, caverne et ski » dans les montagnes de l’ouest de la Norvège, dans le cadre de notre semaine d’apprentissage autour d’un projet. Après avoir gravi des pentes à ski, nous nous sommes assis dans une caverne que nous avions creusée dans la neige la veille et nous avons observé Mustafa, un élève originaire du Sahara occidental, préparer minutieusement du thé sahraoui (voir la photo ci-dessus). Tout en nous faisant passer des verres de cette boisson corsée et sucrée, nous avons échangé nos points de vue musulmans, chrétiens et laïques sur les rituels traditionnels, et nous avons parlé de la situation de longue date des réfugiés originaires du Sahara occidental dans des camps en Algérie. Cet échange culturel a pris un caractère d’autant plus exceptionnel du fait de l’endroit où nous nous trouvions. Ce sont ces expériences, simples mais riches, qui nous rappellent le mieux les liens qui unissent entre eux les humains.


Apprendre d’abord à se découvrir

recyclingCe n’est que lorsque les élèves prennent conscience de ce qu’ils sont en tant qu’individus qu’ils peuvent commencer à cerner non seulement les différences entre les gens, mais encore les similarités sous-jacentes. Pour ce qui est de la découverte de soi, l'enseignement du premier cycle secondaire peut jouer un rôle particulièrement important. Des études montrent en effet que les adolescents sont audacieux. En proposant à nos élèves de faire des choix, nous les encourageons à prendre des risques au niveau scolaire, ce qui les aidera à découvrir leurs forces et leur capacité à apporter leur contribution à la communauté au sens large.

Les activités scolaires constituent le point de départ de la participation à la vie de la communauté locale et de la communauté mondiale. Le journal de notre établissement tient ses membres informés sur les réunions et clubs dirigés par les élèves, présente des élèves invités venant d’autres pays et couvre des thèmes liés à l’action des élèves pour l’environnement. Dans ce qui peut apparaître comme un établissement scolaire public extrêmement grand se tiennent des clubs qui réunissent, après les cours, des petits groupes d’élèves poursuivant des objectifs communs. Nos groupes Knitting for the Kneedy et Green Team permettent d’adhérer à un club tout en menant des projets de service communautaire. Dans le premier groupe, des écharpes et des couvertures colorées sont tricotées dans le but d’être données. Dans le second, les élèves préparent des plates-bandes de culture, font pousser des plantes, cueillent des plantes aromatiques pour la cafétéria et collectent les ordures recyclables.

Comment les gens peuvent-ils assurer leur subsistance en cas de situation difficile ?

En plus d’aider la communauté d’Austin pour des projets tels que les campagnes de collecte d’aliments en conserve, lorsqu’une catastrophe survient quelque part dans le monde, l’établissement passe à l’action. Dans les matières artistiques, les élèves fabriquent des « boîtes de toilette » ou des « sacs de toilette » qu'ils remplissent d’articles obtenus à titre gratuit. Lorsque des Birmans fuyant la guerre civile sont arrivés dans notre région, nous avons invité les enfants à rejoindre certains de nos élèves pour jouer au basket-ball et déjeuner. Le repas était fourni par les parents et lors de leur départ, tous les Birmans ont reçu un sac de toilette de couleur vive contenant des articles nécessaires pour le voyage. En échange, ils nous ont montré la beauté des liens qui unissent les humains en remplissant le terrain de basket de leurs sourires et de leurs rires.

La question « Comment les gens peuvent-ils assurer leur subsistance en cas de situation difficile ? » est récurrente dans notre programme. Nous espérons que nos élèves parviendront à comprendre que leurs forces, compétences et intérêts personnels peuvent permettre cette subsistance. C’est au cours du premier cycle secondaire qu’ils découvrent ces aspects d’eux-mêmes, ainsi que la communauté internationale et l’humanité à laquelle nous appartenons tous.


Porter un regard multiple sur le monde

Tabitha teamL’humanité est une réalité que nous partageons tous les jours à l’école en formulant des points de vue, en posant des questions et en améliorant notre compréhension des problèmes mondiaux et personnels essentiels. Nous mettons notre intellect à l’épreuve en tentant de nous exprimer de nouvelles façons, tout en cherchant à déterminer qui nous sommes, qui nous souhaitons être et, ce qui est plus important encore, comment y parvenir. Souhaitons-nous devenir une personne qui accepte les différences ou qui les valorise ?

Une personne qui aide les autres à suivre une ligne de conduite prédéterminée ou qui les aide à devenir indépendants dans leur prise de décision ? Une personne qui porte un regard unique ou multiple sur le monde ? En répondant à ces questions, nous avons plus de chances de partager notre humanité de façon positive.

Notre humanité est l’élément qui nous distingue des autres êtres vivants. Notre capacité à nous livrer à une réflexion au-delà de nous-mêmes et de notre communauté directe nous permet d’analyser notre situation mondiale et de devenir proactifs pour l’améliorer, la préserver et la rétablir. En tant qu’êtres humains, nous avons le pouvoir d’accomplir les meilleures choses, mais également de provoquer les plus grands dégâts.

Gardez une chose en mémoire : ce n’est pas de vous qu’il s’agit.

J’ai eu l’occasion de me rendre au Cambodge récemment et de collaborer avec l'organisation Tabitha pour la construction de maisons. Si je dois retenir une chose de cette expérience, il s’agit d’un conseil qui nous a été donné au cours de notre initiation, juste avant d’entrer dans un village. Janne Ritskes, fondatrice de l’organisation, nous a déclaré : « Gardez une chose en mémoire : ce n’est pas de vous qu’il s’agit. » Ça a été un déclic pour moi. Lorsque l’on dit que l’humanité est une réalité partagée, cela ne se réfère pas simplement à moi ou à vous, ni même à une classe ou à un pays. Cela concerne tous ceux qui vivent dans le monde. C’est savoir et admettre qu’il y a toujours davantage de connaissances à acquérir. Cela signifie également respecter les différences entre les pays, les cultures et les points de vue, et savoir que tout ne doit pas être identique partout. Que le monde serait ennuyeux autrement!

Chanson américaine pour enfants signifiant « Nettoyer, nettoyer, tous ensemble et partout, nettoyer, nettoyer, chacun doit participer ».