Dans cette section

IB World - Janvier 2008

Rechercher une école du monde de l'IB

L'IB pays par pays
 Imprimer cette page  Imprimer cette page

 Envoyer cette page par courriel Envoyer cette page par courriel

Share

Diffuser le message mondial

Comment les éducateurs de l’IB devraient-ils exprimer les valeurs de l’esprit international ?

 

Quatre spécialistes nous soumettent leurs idées.


Marcel de Lannoy, enseignant de français à The American School in England, Grande-Bretagne

En mettant l’accent sur la langue

Malaise social, guerre, famine, pauvreté, corruption : les problèmes auxquels fait face le monde aujourd’hui effraient même les plus à l’abri, les plus riches et les plus protégés, et avec raison. Dans ces circonstances inquiétantes, aggravées par une incompréhension colossale, l’ignorance et la cupidité, certains aspects de l’esprit international – comprendre les autres cultures et connaître d’autres langues – sont plus essentiels que jamais. Je vois mon enseignement comme une mission. Permettre à mes élèves de développer une compétence linguistique convenable n’est qu’une composante de cette croisade. Encourager mes élèves à développer un amour de l’apprentissage, une curiosité pour la culture française et pour d’autres cultures, ainsi qu’une conscience sociale, joue un grand rôle dans mon approche.

Au début de ma carrière, j’ai eu la chance et la latitude de mettre au point une méthode dynamique et directe au niveau de l’école intermédiaire. Dans cette méthode, les quatre capacités langagières (lecture, écriture, parole et écoute) sont mises en avant de la même manière et développées simultanément. Toutes les instructions sont toujours données dans la langue cible. Cette approche peut sembler exigeante, mais elle fonctionne. Même les plus jeunes qui ne sont pas particulièrement adeptes de l’apprentissage des langues, développent une compétence linguistique honorable. Ils communiquent efficacement dans la langue cible, ce qui devrait être l’objectif de base de tout programme linguistique qui se respecte.

J’espère que mes cours stimulent l’intellect et la créativité des jeunes. Chaque jour, l’apprentissage doit être vivant et les élèves doivent sortir de classe en ayant ajouté un nouvel élément de communication à leur répertoire. L’apprentissage d’une langue étrangère ne doit pas juste être un moyen d’obtenir un diplôme ou d’entrer à l’université. Une langue étrangère ne doit pas devenir un bibelot que l’on range sur une étagère et qui prend la poussière. Une langue, c’est pour la vie.
L’apprentissage d’une langue est crucial. Dans cette période de grande tension mondiale et d’incompréhension, une langue étrangère et toutes ses composantes (découverte des autres cultures et traditions, des systèmes politiques et des problèmes sociaux) peut tous nous éclairer. S’efforcer de communiquer dans une langue étrangère ouvre des portes à de nombreux niveaux : pour se faire de nouveaux amis, comprendre d’autres personnes, répondre à des opportunités sur le marché international de l’emploi. Plus important encore : apprendre une autre langue aide aussi à découvrir sa propre langue, à développer des stratégies mentales que l’on utilisera dans d’autres disciplines, et à favoriser la compréhension de soi.


Julie Flemister, conseillère scolaire, McGraw IB World School, Fort Collins, États-Unis

Grâce à l’ouverture internationale

Tout comme beaucoup de mes élèves, je pensais qu’être international voulait dire « voyager dans le monde ». Et puis, j’ai eu la chance d’aller à Houston, au Texas, pour mon premier atelier du Programme Primaire sur l’esprit international. J’y ai appris qu’avoir l’esprit international veut dire avoir la capacité d’appliquer en toutes circonstances le profil de l’apprenant et les savoir-être du PP. Par exemple, je pourrais ainsi être respectueuse et attentionnée, que j’aille faire mes courses au magasin en bas de la rue ou au Japon. Les enseignants de l’IB doivent apprendre aux élèves à appliquer le profil de l’apprenant dans chaque situation et à leur donner l’exemple dans leur propre comportement. Au lieu d’enseigner qu’être international veut dire voyager dans un autre pays, le cours devrait se concentrer sur la manière dont une personne ayant l’esprit international gèrerait un conflit dans un autre pays. En tant que conseillère scolaire, j’ai la chance de pouvoir appliquer le profil de l’apprenant pendant mes cours sur la bonne entente, la gestion de la colère, la prévention de l’intimidation et d’autres sujets connexes.

Le mot « international » devrait être enseigné à l’aide des mêmes mots que ceux utilisés pour le profil de l’apprenant. Si les enseignants prennent de plus en plus conscience de ce que veut dire l’esprit international, les actions et les comportements de leurs élèves reflèteront le profil de l’apprenant. Si nous apprenons aux élèves à être des citoyens respectueux, empathiques, équilibrés, informés et instruits, ils pourront devenir adultes et réussir n’importe où. Lorsqu’en tant qu’enseignants, nous montrons l’exemple en adoptant ce type de comportement pour montrer à quoi devrait ressembler un citoyen à l’esprit international, nous aidons à produire des élèves ayant une conscience internationale. La déclaration de mission de l’IB reflète ce que nous enseignons : « Le Baccalauréat International (IB) a pour but de développer chez les jeunes la curiosité intellectuelle, les connaissances et la sensibilité nécessaires pour contribuer à bâtir un monde meilleur et plus paisible, dans un esprit d’entente mutuelle et de respect interculturel. » Les relations humaines sont à la base de notre succès. Elles sont construites sur le respect, l’empathie et la bienveillance. Une conscience internationale aide les élèves à développer des relations positives et une citoyenneté mondiale.


Nicholas Alchin, directeur de la Sevenoaks School, Kent, Royaume-Uni

En célébrant la tradition

Lorsque j’ai visité Sevenoaks School pour la première fois, cette école m’a semblé très britannique. Je venais d’une école très libérale et sans uniforme et, malgré le mélange cosmopolite des nationalités, les nombreuses activités culturelles et un programme de l’IB, je ne m’attendais pas à trouver les blazers de Sevenoaks, ses préfets et la relative formalité dans une école internationale. Bien sûr, ce sont mes attentes, et non l’école, qui n’étaient pas les bonnes. J’avais supposé qu’on ne pouvait être une école britannique si on voulait être une école à l’esprit international. Mais l’esprit international peut se manifester de différentes manières et dans toutes sortes d’écoles.

Je pensais que célébrer la diversité était la clé, mais j’ai fini par changer d’avis. Le problème avec la célébration de la diversité seule est que vous ne célébrez que la différence. À mon avis, une forte conception de soi doit sous-tendre tout esprit international, car nous ne pouvons comprendre et apprécier les autres que si nous nous comprenons nous-mêmes.
Je pense qu’il est important que les écoles permettent aux élèves de voir ce qu’ils ont en commun, ce que nous partageons tous et que nous le partageons avec ceux qui se trouvent bien au-delà des murs de l’école. Il n’y aucune raison que cela ne puisse pas se faire au sein d’une riche tradition nationale ou internationale. Si, comme le suggère le profil de l’apprenant, une partie de l’esprit international consiste à réfléchir et à avoir conscience de soi, un fort sentiment de soi et de sa propre valeur – comme peut le donner une école très liée à sa tradition nationale – peut contribuer à l’atteindre. Tant que les traditions sont examinées, remises en question (la théorie de la connaissance peut jouer un rôle très utile dans ce cas) et utilisées comme point de départ pour des discussions réfléchies, elles peuvent constituer un très bon tremplin pour l’esprit international. Cette approche doit être ouverte à tous les élèves, quel que soit leur passé culturel ou national.
L’année prochaine, nous aurons enseigné le Programme du diplôme de l’IB depuis 30 ans. Tout en continuant à faire ce que nous avons toujours fait, nous cherchons des manières de développer davantage l’esprit. Nous venons d’introduire un cours obligatoire d’études internationales destiné aux 14-15 ans. Je pense aujourd’hui, que, contrairement à mes impressions initiales, si on essaye d’avoir l’esprit international, être une école privée britannique peut être un aussi bon endroit qu’un autre pour commencer. Bien que nous ayons encore beaucoup de travail à faire, nous avons confiance dans le fait que nous pouvons être britanniques, internationaux et avoir l’esprit international.


Matt White, coordonnateur du Programme du diplôme, Geelong Grammar School, Geelong, Australie

Grâce au rôle de l’enseignant

Comment est-ce que je sais quand j’enseigne dans un esprit international ? L’enseignement du Programme du diplôme de l’IB peut-il m’aider à favoriser des attitudes positives face au pluralisme culturel ? Ces questions mettent en évidence les défis importants auxquels doivent faire face les éducateurs qui enseignent le Programme du diplôme, et je pense que cette quête de l’esprit international est l’une de ses caractéristiques déterminantes. Cela dit, ces questions peuvent se perdre dans le feu de l’action lorsque nous préparons les élèves aux examens, en particulier, à la fin des programmes de l’IB.
Je pense que l’esprit international est surtout un appel au dialogue – un appel à de nouvelles relations entre les cultures, pour échanger nos espoirs, nos craintes et notre optimisme pour le futur. Il est important de construire ces relations, car la variété ethnique est essentielle pour façonner les relations humaines.

Mais en tant que membre du personnel enseignant logé et travaillant dans un pensionnat mixte culturellement varié dans une Australie multiculturelle, c’est une chose de dire que j’ai l’esprit international et une autre de le réaliser réellement en classe, en allant au-delà de la réponse traditionnelle « nourriture, drapeaux et fêtes ».

Je pense parfois que cette approche est trop limitée. Elle réduit la richesse de la diversité culturelle à des marchandises, et devient une méthode qui semble caractériser de nombreux programmes internationaux d’éducation. Je pense parfois que, si nous pensons être seulement les éclats d’un miroir brisé reflétant l’humanité commune, nous pourrons facilement tomber dans le piège de la désinvolture dans notre compréhension de l’esprit international.

J’ai découvert que j’avais besoin de créer les circonstances d’un dialogue pour passer de la théorie à la pratique. Afin de comprendre et de montrer de l’empathie à ceux issus de différentes cultures, je dois d’abord m’impliquer dans ma propre culture, ma propre langue et ma propre littérature. Je ne peux pas comprendre la carte culturelle d’un autre, si je n’ai pas une idée de la mienne. Au pire, tenter de naviguer dans une autre culture pourrait ne devenir ni plus ni moins que du tourisme exotique.