
La compréhension, tremplin vers l’épanouissement
Les enseignants sont en première ligne lorsqu’il s’agit d’encourager l’esprit international. Kath Stathers s’est penchée sur l’approche efficace de plusieurs écoles à travers le monde pour découvrir ce que l’esprit international signifie pour ceux qui doivent le transmettre.
Alors que d’autres organisations parlent de « conscience mondiale » ou de « relations internationales », « l’esprit international » est l’expression clé du Baccalauréat International. Cette distinction n’est pas simplement d’ordre sémantique : le terme « esprit » est très important pour définir l’approche adoptée par les apprenants suivant l’un des programmes de l’IB.
Ian Hill, directeur général adjoint de l’IB, explique plus loin que, comprendre que des personnes de culture différente ont des idées différentes – et examiner pourquoi c’est le cas – fait partie intégrante d’une éducation empreinte d’un esprit international : « C’est ce qui mène à la compréhension et au respect d’un autre point de vue, sans forcément l’accepter – savoir d’où il vient. »
« La manipulation, la présentation déformée et l’interprétation erronée de l’idée de nation, de culture et de religion pourraient bien être les plus grands défis intellectuels et moraux que nos élèves auront à relever une fois adultes, » affirme Julian Edwards, directeur de la section d’enseignement secondaire de la New International School of Thailand. « Nos élèves doivent être capables de déduire logiquement ce qui est vrai actuellement, mais aussi de se préoccuper suffisamment du futur pour imaginer des alternatives plausibles et les mettre en œuvre. »
Commencer tôt
Donc, l’« esprit » concerne l’empathie, et pas seulement le savoir. Ce n’est pas quelque chose enseigné dans un cours spécifique ; mais cet esprit international est tellement intégré dans la manière dont un élève de l’IB apprend que cela devient une partie de leur conscience. Et cela peut commencer dès qu’ils entrent à l’école. « Même à 3 ans, à la crèche, les enfants savent que nous ne sommes pas tous pareils, » déclare Sarah Harris, coordonnatrice du Programme primaire pour la Western Academy of Beijing, en Chine. « Nous faisons passer le message qu’il existe beaucoup, beaucoup de différences entre les personnes et nous encourageons une culture du respect. »
Bien que la présence dans l’école de plus de 50 nationalités facilite pour les élèves la compréhension de la notion de cultures différentes, l’école s’efforce également de relier l’apprentissage des enfants au pays hôte et de célébrer la culture chinoise. « La manière dont cela est fait doit venir de l’enseignant, » affirme Sarah Harris. « Généralement, il vaut mieux qu’ils aient déjà enseigné un module. Ils réfléchissent alors à la manière d’y ajouter l’esprit international. »
L’année dernière, par exemple, en 3e année, une enseignante de la Western Academy voulait explorer le sujet du symbolisme par l’intermédiaire de la culture chinoise. Elle invita donc quelques membres d’une minorité ethnique chinoise – les Hmong– qui racontèrent des histoires traditionnelles et apportèrent des vêtements et des bijoux chargés de symbolisme. En éducation physique, elle présenta également le wushu, un art martial chinois, riche en actions symboliques.
Utiliser le pouvoir des parents
Sarah Harris pense que les enseignants sont attirés par les écoles de l’IB car ils peuvent placer différentes cultures au cœur de leur travail. « Les enseignants ont la possibilité de prendre des décisions concernant le programme d’études, » dit-elle. « Ils peuvent être explicites à propos de l’esprit international et en faire vraiment un axe essentiel. Ce n’est pas un élément caché [du programme]. »
Elle a créé une série de balados portant sur différents thèmes de l’IB, parmi lesquels l’esprit international. Ils devaient initialement aider les enseignants à s’y plonger, mais ils se sont révélés également populaires avec les parents. Il est bénéfique d’impliquer les parents, pas uniquement pour pouvoir continuer l’étude des thèmes à la maison, mais aussi parce que certains viennent régulièrement à l’école pour montrer des aspects de leur propre culture. « Les parents constituent une ressource très riche, » indique Sarah Harris. « Nous les faisons cuisiner avec les élèves ou lire en différentes langues. Un père est même venu enseigner la danse folklorique finnoise à l’école maternelle. »
Julian Edwards reconnaît aussi l’importance de faire participer les parents. « Nous enseignons des approches permettant de mener une vie équilibrée, et pas seulement des habitudes, » dit-il. « Il est donc extrêmement important d’impliquer les parents. J’en connais qui peuvent expliquer le niveau d’implication d’une école avec son pays hôte. Voilà un résultat impressionnant ! »
Les approches adoptées face à l’esprit international diffèrent selon l’école. Julian Edwards, qui a enseigné dans trois écoles internationales explique : « Les écoles de l’IB ont de fortes connexions et similitudes. Mais elles évoluent aussi dans des contextes assez spécifiques. Certains aspects peuvent sembler plus évidents que d’autres. En Tanzanie, peut-être, il va s’agir du concept de service, en Chine, du sentiment d’altérité et de l’implication avec le pays hôte. Et en Thaïlande, notre cible consiste à approcher l’esprit international à trois niveaux – mondial, personnel et social (ou communautaire). »
L’école de Julian Edwards a lancé un défi spécial pour construire une « pleine conscience » chez les élèves qui doivent se fixer eux-mêmes des cibles qui les relieront à leur communauté à ces trois niveaux. « Il est difficile de s’occuper sincèrement de sauver la planète si vous ne vous préoccupez pas des élèves que vous côtoyez en classe, de la vieille dame qui nettoie les rues le matin ou de votre structure de sommeil en tant qu’élève du Programme du diplôme, » dit Julian Edwards. « Être ‘pleinement conscient’ à l’un de ces niveaux aide à rendre la pleine conscience à d’autres niveaux plus probable. » Les élèves se sont définis des objectifs personnels autour de leurs aspirations individuelles ou de style d’apprentissage, tandis que les objectifs sociaux et mondiaux sont traités dans les projets de service ou d’action. « Je crois que, d’une certaine manière, ce que nous faisons donne une marque distinctive à l’esprit international, » indique Julian Edwards.
Garder un esprit ouvert
Cette capacité des écoles à interpréter l’esprit international d’une manière qui leur est propre est saluée par Nélida Antuña Baragaño, directrice régionale de l’IB pour la région Afrique/Europe/Moyen-Orient. « Personnellement, je suis plus en faveur de l’ouverture d’esprit, » déclare-t-elle. « L’esprit international en fait partie, mais il est restreint, car il est lié aux nations. L’ouverture d’esprit commence à la maison et peut être appliquée dans n’importe quel contexte et à tout moment. »
Nélida Antuña Baragaño pense que la manière dont le programme de l’IB est enseigné aide à développer cette ouverture d’esprit. « Il ne s’agit pas simplement d’un enseignant face à une classe, disant aux élèves quoi penser. L’apport des élèves est également très important. C’est très interactif, » dit-elle. « On ne leur donne pas juste des faits en histoire par exemple, mais diverses options de faits. »
Un élève qui avait jusque là fréquenté une école publique et venait de commencer le Programme du diplôme de l’IB aux États-Unis, illustre ces propos, lorsqu’il raconte qu’en histoire, dans son école publique, il avait toujours écrit sur « nous ». Dès qu’il a commencé le cours d’histoire du Programme du diplôme, il a dû parler des États-Unis en utilisant la troisième personne du pluriel, car le programme examinait le pays dans le contexte de l’histoire mondiale. « Même en mathématiques, où deux plus deux est égal à quatre, la manière dont vous présentez ce fait peut le rendre plus intéressant, » affirme Nélida Antuña Baragaño. « Vous pouvez faire le lien avec différentes cultures, en expliquant que les mathématiques existent depuis très longtemps dans les cultures orientales. Cela construit des connaissances culturelles et enrichit l’ouverture d’esprit. »
En tant qu’examinateur de l’IB, Guven Witteveen du Michigan (États-Unis), le dit : « Les enseignants jouant le rôle de modèles et les études de cas sont encore la meilleure manière d’inculquer une conscience mondiale chez les élèves. Ces éléments montrent la valeur du respect, de la curiosité et de la pleine conscience du contexte lorsque nous essayons de comprendre une personne ou le comportement d’une organisation. »
En 1968, lorsque l’IB fut fondée, l’esprit international était considéré comme un élément clé dans la façon dont l’éducation pouvait servir à rassembler les cultures et à créer un monde plus pacifique. Aujourd’hui, il est plus important que jamais. Il n’y pas que la résolution des conflits qui puisse bénéficier d’une plus grande compréhension ; c’est également le cas de l’industrie, des communications, de ce que nous achetons dans nos supermarchés et des vêtements que nous portons. Par l’intermédiaire de l’esprit international, l’IB apprend aux élèves à prendre leurs responsabilités. « Lorsque vous vous sentez responsable, votre esprit est ouvert, » conclut Nélida Antuña Baragaño.
La classe internationale
Ian Hill, directeur général adjoint de l’IB, explique comment les enseignants peuvent transmettre les principes de l’esprit international.
La compréhension interculturelle est l’un des composants clés de l’esprit international. En nouant des contacts personnels informels dans une école comportant de nombreuses nationalités, les élèves feront face à la diversité culturelle. Mais pour que cette expérience mène à la compréhension interculturelle, il faut qu’elle ait lieu dans le contexte du programme d’études formel de l’école.
L’enseignant doit être sensible aux différences culturelles et gérer la discussion de manière à ce que chaque élève réalise qu’il existe d’autres perspectives valides, même si elles semblent étrangères à ses convictions.
Prenons une école publique de nationalité homogène (ce qui ne veut pas forcément dire de même culture). L’enseignant a décidé de discuter des attitudes adoptées face au troisième âge, comme partie d’une étude du cycle de la vie. Il ou elle vient en cours avec des exemples des diverses réactions face au troisième âge dans d’autres pays.
Les élèves sont incités à avoir des contacts réguliers par courriel avec leurs homologues dans d’autres pays ; des personnes de différentes nationalités sont invitées à l’école pour discuter de cette question ; certains élèves vont vivre dans des familles hôtes dans un autre pays pendant deux semaines et font des recherches concernant les opinions sur le troisième âge. La classe termine l’étude par une comparaison des attitudes face aux personnes âgées dans différents pays. Nous avons envie de dire « bravo » à cet enseignant ; n’est-ce pas ce dont parle l’esprit international ? Oui, mais ce n’est pas complet.
Le travail préparatoire a été réalisé, mais l’élément essentiel manque : une réflexion – et une discussion – portant sur les raisons de l’existence même des différents points de vue. Ils ont des racines historiques, sociales, économiques, politiques ou culturelles. C’est ça qui mène à la compréhension et au respect d’un autre point de vue, sans forcément l’accepter – savoir d’où il vient. Les élèves ont besoin de gratter sous la surface, car c’est là que se trouve la vraie réponse à ce qu’est l’esprit international.
D’un pôle à l’autre
Elles se trouvent peut-être à plus de 15 300 kilomètres l’une de l’autre, mais les écoles de l’IB la plus septentrionale et la plus méridionale partagent la même philosophie de l’esprit international
José Antonio Vergara
Coordonnateur du Programme du diplôme, The British School –Punta Arenas, Chili
Punta Arenas, au Chili, est considérée comme la ville la plus méridionale du monde. Avec une population de 120 000 habitants, elle est célèbre pour son industrie pétrolière et ses conditions météorologiques extrêmes
IB : Quel est votre parcours ?
JAV : Je suis né à Punta Arenas et je travaille dans cette école depuis 12 ans. Ma spécialité initiale était l’histoire, mais je suis passé petit à petit à l’économie.
IB : Quels défis la situation géographique de l’école représente-t-elle ?
JAV : Nous n’avions pas de contact terrestre avec le reste du pays jusqu’à il y a peu. Il était donc très difficile de maintenir un lien avec les autres écoles. Les écoles de Patagonie, en Argentine, sont notre contact le plus proche. Nous avons avec elles des échanges sportifs et académiques : ceci nous permet de surmonter en partie notre isolement mental et géographique. La technologie a aussi changé les choses – autrefois, il était difficile d’accéder à des informations à jour, mais nous avons à présent introduit des blogues et des wikis en classe.
Mais certaines choses ne peuvent pas être changées : de mai à août, il y a seulement quelques heures de jour. Nous commençons donc la journée avant le lever du soleil et la terminons quand il fait déjà nuit. L’été, c’est le contraire – nous n’avons que quatre heures de nuit. Culturellement parlant, l’isolement de la région nous a permis de nous créer une identité très claire. Nous sommes les petits-enfants d’immigrants venus chercher de meilleures conditions de vie et qui créèrent une manière originale de vivre ensemble dans un environnement inhospitalier.
IB : Est-il important de veiller à ce que à vos élèves reçoivent une éducation empreinte d’un esprit international ? Comment vous assurez-vous que cela se produira ?
JAV : Nous avons décidé de faire partie de la communauté de l’IB essentiellement à cause de la nature internationale du programme d’études. La vision mondiale qu’il nous fournit est un complément vital à notre forte tradition locale. Notre situation géographique fait qu’il est très intéressant d’entrer en contact avec des écoles du monde entier et de faire partie d’une communauté mondiale qui partage des valeurs et des intérêts.
Par exemple, toutes les expéditions en Antarctique s’arrêtent à Punta Arenas, et ceci donne à nos élèves d’importantes opportunités que nous pouvons partager avec d’autres écoles de la communauté de l’IB.
Brynjar Nordgård
Enseignant de biologie à l’école Finnfjordbotn Vidaregåande
Finnsnes, Norvège
Finnsnes est situé à 64 km de la ville de Tromsø, et compte 11 000 habitants. Elle est célèbre pour son commerce et son climat arctique, qui apporte d’abondantes chutes de neige
IB : Quel est votre parcours ?
BN : Je suis né et j’ai grandi au nord de la Norvège. J’enseigne à Finnfjordbotn depuis 1984, essentiellement les technologies de l’information et la communication (TIC) et la biologie.
IB : Quels défis la situation géographique de l’école représente-t-elle ?
BN : Elle peut limiter les possibilités de faire de grands voyages dans les régions d’Europe centrale. L’hiver arctique constitue un défi pour nous tous : glace, neige, blizzards, gel, froid et jours ensoleillés combinés avec de courtes périodes plus douces de pluie peuvent parfois vous donner l’impression qu’il y a plus de variations climatiques qu’il n’en faudrait.
Le soleil disparaît de fin novembre à mi-janvier. Vous pourriez donc conclure que cela doit être déprimant, mais en fait, ce n’est pas le cas : les aurores boréales sont spectaculaires et bien que nous ne voyions pas le soleil, elles animent le ciel et la mer grâce à de merveilleuses couleurs. Certes, les longs mois d’hiver peuvent être fatigants et vous avez besoin d’un peu plus d’énergie pour motiver certains élèves, mais imaginez leur dynamisme à partir d’avril, lorsque le soleil de minuit entre en scène et que la nuit disparaît. Remarquez, toute cette énergie n’est pas consacrée qu’à l’école…
IB : Est-il important de veiller à ce que à vos élèves reçoivent une éducation empreinte d’un esprit international ? Comment vous assurez-vous que cela se produira ?
BN : Nous vivons dans la région de Barents, qui réunit les parties les plus septentrionales de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et du nord-ouest de la Russie. Nous sommes donc particulièrement tournés vers la coopération internationale. Cette région partage une culture et un environnement similaires, tout comme des ressources naturelles et un désir mutuel pour une stabilité politique et économique.
La biologie arctique englobe la compréhension et la conscience de tous ces concepts et devrait faire partie intégrante de notre cours de biologie et de la compréhension de nos élèves. De plus, l’esprit international fait partie au sens large de la pratique pédagogique norvégienne. La plupart des matières enseignées dans une école norvégienne traitent des relations internationales et les considèrent de manières différentes.
